Focus Style, Mode

Film noir et femmes fatales

3 octobre 2017
film noir

Espions sur la tamise de Fritz Lang (1944)

Mode et cinéma sont deux univers intimement liés. La preuve est qu’on se souvient aussi de nos films cultes en pensant aux tenues de leurs protagonistes, tel Audrey Hepburn dans Diamants sur canapé ou encore Marilyn Monroe dans Certains l’aiment chaud… Aujourd’hui, nous allons nous intéresser à un style un peu plus sombre, celui du film noir.


Le film noir – un courant cinématographique


film noir

Casablanca de Michael Curtiz (1942)

Le film noir est un courant cinématographique né dans les années quarante, et fortement influencé par l’expressionnisme allemand. Comment définit-t-on le film noir ? Contrairement à d’autres genres qui peuvent être déterminés à leur ton (comique) ou au lieu (westerns), le film noir se reconnaît surtout à son identité visuelle, à ses thématiques récurrentes et à une narration sombre et ambiguë.

Par essence pessimiste et cynique, le film noir conte l’histoire d’un protagoniste qui perd le contrôle de son destin. Le personnage principal est essentiellement masculin : un détective ou un espion, mais aussi parfois un boxeur, un écrivain ou un chauffeur de taxi. Il se voit soudainement confronté à des ennemis très puissants et à de multiples dilemmes moraux. S’en suivent une suite de décisions qui le feront dégringoler sur l’échelle sociale et qui l’amèneront à sa perte.

Mais le film noir est aussi un excellent miroir des craintes de son époque. Dans les années quarante, le film noir reflète l’atmosphère mélancolique de la Seconde Guerre Mondiale. Dans les années cinquante, le film noir tourne autour de l’espionnage et dépeint le climat de paranoïa vis-à-vis du bloc soviétique.


L’identité visuelle du film noir


film noir

Visuellement, certains éléments fondent l’identité du film noir : le contraste noir et blanc, les ombres blanches portées par les stores, le smog et la fumée des cigarettes… On y retrouve régulièrement des personnages vêtus de trenchs et de smokings, portant de grands chapeaux, cigares et verre de whiskey à la main. Les décors sont majoritairement urbains et les scènes se déroulent durant la nuit. En comparaison à d’autres films en noir et blanc dont les couleurs se rapprochent davantage d’un gris sepia, le film noir est réellement contrasté dans ses tons. Ce contraste et cette simplicité permettent au spectateur de se focaliser sur les éléments clefs du décor.

Mais le film noir se limite-t-il à des films en noir et blanc ? Non, selon plusieurs spécialistes. Si l’âge d’or du film noir est dans les années quarante-cinquante, on retrouve a posteriori de nombreuses productions en couleur faisant echo à ce courant. Ces films reprennent les codes du film noir et reflètent les craintes des sociétés face à ses dérives. Un bel exemple est le film China Town de Roman Polanski sorti en 1974. Dans un contexte post-Watergate, il dépeint le manque de confiance dans les figures d’autorité comme les élites politiques, les policiers et les hommes de loi. D’autres productions sont caractéristiques du genre : Taxi Driver (1976), Bladerunner (1982), Blue Velvet (1986), Mullholand Drive (2001), Fight Club (2004), Sin City (2005), Drive (2011)… Une chose est sûre, ce shooting nous a donné envie de regarder des films de ce genre, et par chance pour nous, youtube regorge de films noirs dans leur intégralité !

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Eva Green dans le deuxième opus de Sin City sorti en 2014


Le style femme fatale


La femme fatale est souvent caractérisée de vamp. Aujourd’hui, l’icône incontournable de ce style est Dita Von Teese. Mais d’où vient cette expression ? Elle est tirée du film A Fool There Was (Embrasse-moi, idiot en français) de 1915, dont le titre est un refrain provenant du poème The Vampire de Rudyard Kipling. Ce dernier s’était lui-même inspiré d’une peinture de Philip Burne-Jones, The Vampire.

Ainsi, la femme fatale du début du XXe siècle était souvent vue comme une créature à la peau pâle et au regard sombre, pourvue d’une soif sexuelle intense. À la manière d’un vampire, elle se nourrit du désir des hommes, leur faisant perdre raison et indépendance. Ceci n’a rien de surprenant quand on sait que depuis la Renaissance, la femme fatale est associée aux mythes de Méduse et des sirènes. Encore aujourd’hui au cinéma, on retrouve les thèmes récurrents de la nationalité étrangère et de la prédation. Maintenant, vous comprenez mieux pourquoi toutes les beautés fatales des films d’action sont souvent nazies ou communistes !

Le Vampire de Philip Burne-Jones

Côté look, la femme fatale est plus dans la suggestion. Elle entretient le mystère par des jeux de volumes qui mettent en valeur ses atouts tout en laissant planer le mystère sur d’autres parties de son physique. C’est une femme chic à tendance croqueuse de diamants : elle aime arborer des accessoires luxueux tels les gants en cuir, les cols en fourrure ou encore des lunettes à écailles. Pour ce qui est du maquillage, elle opte pour une bouche rouge intense et un maquillage léger au niveau des yeux. Son regard est travaillé à la perfection car il s’agit de son arme de prédilection pour séduire les hommes. Cette noirceur du regard est souvent mise en opposition à sa candeur apparente, souvent véhiculée par des tenues entièrement blanches.

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De gauche à droite : Veronica Lake dans This Gun for Hire, Gloria Grahamme, Barbara Stanwick dans Double Indemnity

La séance photo avec Dom Combarnous


Vous l’aurez deviné, pour ce shooting nous avons voulu jouer les femmes fatales façon film noir ! On s’est prêtées au jeu avec des accessoires d’espionnes (jumelles, magnétophone, appareil photo) et un look glamour inspiré du Hollywood vintage. Le style de photo noir et blanc de Dom colle parfaitement au thème, on adore!

film noir femme fatale

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Pour ce shooting j’ai confectionné moi-même le pantalon et le gilet. Je voulais porter des formes amples et fluides, caractéristiques des vêtements des années 30. J’ai imaginé une tenue confortable pour mon personnage de détective : elle permet de bouger plus facilement que dans une jupe crayon.

Pour ma part j’ai souhaité jouer sur les contrastes dans ma tenue entièrement noir et blanche. Avec cette chemise blanche et la jupe crayon plutôt softs, j’ai opté pour des accessoires glamour de chez Rings and Tings. Je me suis vraiment sentie comme une dame de la haute. 😉


Et vous, avez-vous déjà regardé des films noirs ? En auriez-vous à nous conseiller? Vous pouvez aussi revoir nos autres shootings avec Dom ici : thématique jupe crayon et David Bowie. A très vite! 🙂


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2 Comments

  • Reply Darkrevette 4 octobre 2017 at 22 h 13 min

    Comme toujours j’adore votre façon de présenter des looks, en amenant l’aspect culturel et historique. J’ai appris des choses ce soir. (Je ne suis pas très fana de film noir donc je n’y connait absolument rien ^^’)
    J’aime beaucoup votre shooting, il a une vraie ambiance. Ce que j’avais vu sur Instagram me donnait envie de voir la suite et tadaaaam !
    Jones je suis épatée par le veston et le pantalon si c’est toi qui les a confectionner ! J’allais justement chercher en fin d’article d’où venait la petite veste parce que j’aime beaucoup sa coupe. (Peut être en version plus cintré pour moi parce que le « ample » ne me va pas je trouve xD) Chapeau !

    • Reply Jones 5 octobre 2017 at 12 h 49 min

      Merci Krevette ! Et oui c’est bien moi qui ai cousu ces deux pièces. :p Le veston vient d’un patron des années 60 déniché en friperie. C’est la première fois que je le portais parce que je trouve qu’il passe moins bien sans d’autres vêtements larges avec – et je ne suis pas une adepte du large. J’ai vraiment été étonnée de voir à quel point la tenue était confortable. Je ne m’y attendais pas. x)
      Sinon ça fait toujours plaisir de voir que nos articles vous font découvrir de nouvelles choses. 😀

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